- 25 avr. 2024
Laura Nsafou, autrice : Afroféminisme et afrofutursime pour un monde de l’édition plus déconstruit
Écrivaine et blogueuse afroféministe, Laura Nsafou aborde dans ses romans et sur son blog Mrs Roots les questions relatives à l'afroféminisme en France et la visibilité des littératures afro. Dans cette interview, elle nous raconte son parcours dans l'édition avec des ouvrages comme Un million de papillons noirs, Nos Jours Brûlés, Amour Croisés ou plus récemment Quand vient l'été, mais aussi nous partage ses réflexions autour du manque de représentativité de la société dans la littérature française.
Se situer avant de créer des personnages afro-descendants
Avant de se jeter directement dans l’écriture d’un tel personnage, Laura explique qu’il est important de recontextualiser celle-ci. En effet, se situer c’est simplement se demander pourquoi vous écrivez ce personnage et comment vous voulez l’écrire, en prenant en compte le fait que vous avez forcément intériorisé certains des réflexes d’une société raciste. Il faut se poser les bonnes questions pour savoir d’où vous partez.
« Est-ce que vous êtes une personne afro-descendante qui a peur d’avoir intériorisé des tropes clichés et de les reproduire ? Ou est-ce que justement vous êtes une personne blanche qui a envie de créer un personnage noir et donc, pourquoi ? Comment ? Est-ce que vous êtes au fait des différents clichés que vous avez intériorisés ? »
Laura Nsafou
Laura explique que c’est non seulement bénéfique pour l’ensemble de votre travail, car se poser ces questions permet d’approfondir son récit et la construction des personnages, mais c’est aussi un bon moyen d’être plus apaisé par rapport à votre œuvre avant de la commencer.
S’informer pour éviter les clichés
En 2024, ce ne sont pas les ressources qui manquent, et il est nécessaire d’accorder du temps à ce travail d’information, explique Laura. Que ce soit par le biais de comptes Instagram comme @lecturesensible, qui liste tous les tropes qui peuvent exister (pas seulement vis-à-vis des personnages afro-descendants), ou par de la littérature engagée comme l’essai de Douce DIBONDO, La charge raciale, qui aborde ce qu’implique le fait d’être une personne racisée en France, les conséquences sur les interactions au monde, au travail, etc.
« S’informer, comme on le ferait pour un sujet qu’on ne connaît pas, avoir cette humilité de se dire : je vais […] faire ce travail d’aller au fond des choses »
Laura Nsafou
Car un personnage afro-descendant, et c’est bien là toute sa complexité, n’est pas défini que par son origine, et il est important de s’intéresser aux autres caractéristiques de sa personnalité pour le retranscrire au mieux.
Demander de l’aide : faire appel à de la lecture sensible
Sortir du schéma de la honte de demander est un point crucial, souligne Laura, car il y a aujourd’hui énormément de gens disponibles, volontaires et qualifiés pour relire et corriger les points qui coincent dans votre texte - lecteurs sensibles, bêta lecteurs et lectrices bénévoles… -. Ce n’est pas absolument pas une mauvaise chose de vouloir recueillir un point de vue extérieur et avisé si vous n’êtes toujours pas à l’aise avec votre texte même après tout ce travail de recherche, bien au contraire.
« On préfère ça que quelqu’un qui va débarquer et dire « ouais, je fais ce que je veux, et j’ai reproduit tous les trucs coloniaux possibles parce que c’est la liberté créative », ce n’est pas ce qu’on veut. »
Laura Nsafou
Comment aller plus loin ?
Suivre l'atelier : Littérature et diversité ethnique : les enjeux de la représentativité dans l’écriture d’un roman avec Mahuna Vigam
Crédit photo : Léa Miquet
Cours gratuit 🎁
✍️ Enfin oser se lancer dans l'écriture de son roman
Masterclass
Dans cette masterclass gratuite, je t’explique pourquoi tu bloques avant le chapitre 6 — et comment enfin dépasser ce cap. Perfectionnisme, syndrome de l’imposteur, page blanche… mais surtout méthode et état d’esprit pour arrêter d’écrire au hasard et construire ton roman avec un vrai cadre.